Il y a deux ans, la décarbonation industrielle évoluait dans une note fortement dynamique et optimiste. De nombreuses offres autour de la chaleur renouvelable s’étaient structurées pour accélérer leur développement avec l’appui de grands fonds d’investissement (création EffiWat, entrée de Sofiac sur le marché français et levée de fonds, création de Powesco et levée de fonds, entrée de DWS au capital de Perfesco, levée de fonds de Kyotherm, etc.). Par contraste, 2025 peut être qualifiée de « l’année des doutes » du côté de la décarbonation industrielle, et notamment de son défi principal : celle de la chaleur industrielle.
Cette situation est compréhensible puisque s’entrechoquent pour les acteurs industriels plusieurs éléments de contexte complexifiant énormément leur capacité de projection stratégique et brouillant la ligne à tenir vis-à-vis de l’impératif de décarbonation.
D’une part, l’année 2025 était une charnière temporelle : en basculant dans 2026, un rien nous sépare de 2030 et, avec cette échéance, le premier grand jalon pour constater la réussite ou l’échec des engagements publics de décarbonation. Cette réussite tient désormais à l’engagement volontariste de projets s’attaquant aux usages thermiques de manière beaucoup plus massive, alors que les « victoires rapides » (verdissement de l’électricité via Garanties d’Origine, efficacité énergétique à faible temps de retour sur investissement, projets pilotes de chaleur bas carbone bénéficiant de subventions, etc.) pouvaient jusqu’à maintenant suffire à démontrer des progrès.
D’autre part, au moment d’accélérer sur cette « dernière ligne droite » via des prises d’engagements long-terme (contractuels, décisions d’investissements), le contexte politique et macroéconomique peine plus que jamais à montrer une direction claire :
- Le vacillement des ambitions de décarbonation européennes a semé le doute sur la fermeté des règles et pénalités à venir en cas de non-action. La décision de la Commission Européenne de revenir sur la mesure totem d’interdiction des moteurs thermiques pour les véhicules neufs en 2035 en est un exemple hautement symbolique en cette fin d’année.
- Le maintien à un niveau bas des prix du gaz, y compris dans les projections long-terme, a fait douter de la pertinence économique des solutions bas carbone, et ce malgré les tensions géopolitiques persistantes et les souvenirs de la crise énergétique pas encore si lointaine.
- Le contexte de désindustrialisation pèse sur les capacités de financement des projets.
Malgré tout, de nombreux signaux positifs sont là et 2026 doit marquer la reprise d’une dynamique positive pour la chaleur industrielle bas carbone :
- De très nombreux projets de chaudières électriques industrielles sont en cours de développement, ainsi que quelques projets de stockage électrothermiques (solution HeatCube de Kyoto en construction sur le site de KALL Ingredients en Hongrie, projet de la startup Epyr sur un site de WEPA en France). Nous anticipons une forte accélération de l’électrification de la chaleur industrielle, en France et en Europe, notamment par le biais de l’hybridation gaz / électricité qui permet de générer des modèles d’affaires rentables pour la décarbonation (bien que partielle) en tirant partie des services de flexibilité rendus au réseau électrique et des opportunités d’arbitrage marché dans un contexte de volatilité persistante.
- Les solutions de chaleur bas carbone comme la géothermie, dont le potentiel reste encore inégalement exploité selon les géographies, devraient également monter en puissance, directement sur sites industriels ou en livraison via réseaux de chaleur urbains (qui jouent un rôle important pour les consommateurs industriels dans certains pays notamment en Europe de l’Est où le Groupe Veolia a annoncé un renforcement de ses ambitions).
- Au-delà des technologies, 2026 sera également critique pour identifier et pousser des solutions aux points de blocage encore complexes, tant via les pouvoirs publics que via l’écosystème d’investisseurs et de financeurs : vitesse et capacités de raccordement aux réseaux pour l’électrification, soutiens aux modèles économiques des projets, adaptation des acteurs de l’investissement et du financement au couple « IRR / risque » de ces projets nouveaux et complexes, mutualisation ou foisonnement du risque de contrepartie, etc. Le résultat au premier semestre 2026 de la première session d’enchères européennes sur les projets de chaleur industrielle décarbonée sera un point d’étape à suivre avec attention.
E-CUBE a développé une forte expertise sur le sujet de chaleur industrielle à travers ses projets récents et l’expérience de ses consultants. Nous serions heureux d’échanger avec vous sur ces perspectives de marché et opportunités. N’hésitez pas à contacter les experts ci-dessous pour planifier une discussion sur le sujet.

