Le secteur de l’énergie apparaissait en retrait sur la digitalisation. Ce constat était sur le point de changer, sous l’effet de plusieurs dynamiques convergentes.
Une rupture quantitative sur les données
Le déploiement généralisé des compteurs communicants, Linky pour l’électricité et Gazpar pour le gaz, crée une rupture dans le volume de données exploitables. Pour l’électricité résidentielle, ce volume devait passer d’environ 10 gigaoctets par an pour toute la France à plus de 70 téraoctets par an, soit un facteur 10 000, et jusqu’à plus de 50 pétaoctets dans un scénario d’évolution technologique du compteur.
Trois autres facteurs s’y ajoutent : le développement des objets connectés et des standards domotiques, la réduction du coût des capteurs et du traitement de l’information, divisé par 30 en dix ans, et l’évolution des attentes des consommateurs.
Un fait mérite d’être souligné, car il inverse une idée reçue. Le sous-comptage et les objets connectés ont devancé les compteurs communicants : en 2014, le volume de données des Energy Box dédiées à l’effacement dépassait déjà d’un facteur cent celui des compteurs résidentiels classiques.
Trois impacts distincts selon le maillon de la chaîne
Sur la fourniture d’énergie et de services : de l’échec du low cost au marketing one-to-one. La digitalisation a longtemps été synonyme d’offres web à bas prix, stratégie qui montrait ses limites. Elle devait se traduire par une relation client enrichie et personnalisée. L’acquisition en ligne prenait déjà plus de 30 % des ventes au Royaume-Uni, les services et communautés en ligne se développaient, et les outils de détection de résiliation devaient se généraliser. Avec les compteurs communicants, les offres devront s’adapter à chaque profil de consommation, avec une tarification individualisée et la disparition des niches tarifaires.
Sur la distribution : le service public de la donnée. Les distributeurs concentraient historiquement la quasi-totalité des données énergétiques, mais ce monopole était attaqué par le sous-comptage et les objets connectés. Le déploiement des compteurs intelligents constituait l’opportunité de reprendre le leadership sur la donnée en structurant proactivement un service public de la donnée, première pierre possible d’une boucle locale de l’énergie.
Sur la production et l’approvisionnement : la valorisation des actifs distribués. Au-delà de l’amélioration de la performance opérationnelle, la digitalisation offre aux actifs décentralisés, production comme effacement, la possibilité d’exploiter leur potentiel au même titre que les actifs centralisés.
Un marché supérieur à 1 Md€ par an, sous quatre réserves
L’impact de la digitalisation sur le secteur énergétique devait représenter, directement ou indirectement, plus d’un milliard d’euros par an à horizon 2020.
Ce chiffre restait toutefois confronté à quatre incertitudes susceptibles de le repousser au-delà de 2020 : la compétitivité des tarifs régulés, le cadrage juridique des enjeux de sécurité et de confidentialité, le rythme effectif de déploiement des compteurs communicants, et l’évolution de la régulation énergie.
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