Les réseaux de distribution français font face à deux pressions simultanées : la multiplication des raccordements de production renouvelable et la hausse structurelle de la pointe de consommation. Les deux créent des contraintes sur les infrastructures et donc des besoins de renforcement. En parallèle, le développement des flexibilités décentralisées et la baisse du coût de certaines technologies offrent une alternative à ces renforcements.
Notre étude quantifie cette alternative à l’échelle nationale, examine les mécanismes permettant de la mobiliser, et identifie les frictions avec les mécanismes nationaux existants.
Une valeur nette nationale de 11 à 18 M€/an
La flexibilité crée de la valeur pour un gestionnaire de réseau de distribution par deux voies : différer ou éviter un renforcement en planification, et réduire le nombre ou la durée des coupures en conduite.
À la maille nationale, la valeur brute annuelle se situe entre 20 et 60 M€/an. Une fois les coûts de la flexibilité déduits, la valeur nette tombe dans une fourchette de 11 à 18 M€/an. C’est un ordre de grandeur utile : la flexibilité locale est un outil réel, mais pas un gisement massif.
Quatre configurations sur cinq gardent une valeur nette positive
- Contraintes en injection sur les postes sources : 1 à 3 M€/an de valeur nette, 15 à 30 cas par an.
- Contraintes en injection sur le réseau HTA : jusqu’à environ 5 M€/an, sur un nombre de cas également limité.
- Contraintes en soutirage sur les postes sources : 1,5 à 4 M€/an, avec une forte incertitude puisque le résultat dépend de la localisation conjointe des contraintes et des flexibilités.
- Coupures lors de travaux ou d’incidents : 4 à 6 M€/an, mais répartis sur plusieurs milliers de cas, donc une valeur unitaire faible.
La cinquième configuration, les contraintes sur les postes HTA/BT, est écartée. Sa valeur nette est quasi nulle : le coût de renforcement de ces équipements se compte en quelques milliers d’euros, ce qui laisse trop peu de marge pour qu’une flexibilité soit moins coûteuse.
Les contraintes en injection constituent le champ le plus prometteur. L’offre y est par construction présente, puisque c’est elle qui crée la contrainte, et la mise en œuvre se limite à un écrêtement indemnisé, sans modification des usages.
Quatre mécanismes retenus sur neuf
Sur neuf mécanismes examinés, quatre couvrent l’ensemble des configurations à valeur.
- Les solutions intelligentes de raccordement, qui utilisent un véhicule contractuel existant et agissent sur l’origine même de la contrainte.
- Une quote-part alternative dans les S3REnR, complémentaire de la précédente, permettant à des flexibilités futures de traiter les contraintes en injection sur les postes sources.
- La contractualisation directe par le gestionnaire de réseau, qui ouvre la mise en concurrence à toutes les flexibilités mais reste lourde, donc à réserver aux cas à valeur unitaire élevée où la profondeur d’offre est suffisante.
- L’option GRD, appel opportuniste à des flexibilités existantes sans engagement de part et d’autre, adaptée à la conduite.
Cinq mécanismes sont écartés. Le TURPE à pointe mobile créerait un signal national pour quelques dizaines de cas utiles par an. Le tarif d’achat régulé et le marché local en J ou J-1 n’offrent pas la visibilité nécessaire. L’investissement direct du gestionnaire dans ses propres actifs de flexibilité se heurte à ses contraintes statutaires, qui l’empêchent d’amortir l’actif sur d’autres mécanismes.
La vraie difficulté est l’articulation avec le national
Une flexibilité participant à la fois à un mécanisme local et à un mécanisme national soulève trois questions non résolues : la gestion d’un sous-ensemble localisé au sein d’un portefeuille agrégé conçu pour le national, les effets collatéraux d’une activation d’une échelle sur l’autre, et les conflits d’activation.
S’y ajoute le risque d’effets d’aubaine, notamment la double valorisation d’une flexibilité répondant à un besoin unique, ou la rémunération d’une flexibilité fantôme. C’est sur ces règles de coordination, plus que sur la valeur brute, que se jouera l’efficacité du dispositif.
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