L’Europe réduit sa consommation de produits pétroliers depuis 2008. Au-delà de la conjoncture, il s’agit d’une tendance longue, portée par l’efficacité énergétique et le basculement vers d’autres énergies. Tout l’aval pétrolier est touché : fermetures de raffineries, de dépôts, de capacités de distribution.
Un paradoxe apparaît pourtant. Le stockage est presque décorrélé de ce déclin.
Une consommation qui baisse, des taux d’utilisation qui montent
La production des raffineries européennes a suivi la consommation, avec une baisse de 1,9 % par an. Les volumes stockés, eux, sont restés quasi stables, avec un recul annuel moyen de 0,1 %.
Combinée aux fermetures de sites, cette stabilité a mécaniquement fait grimper les taux d’utilisation. En France, la rationalisation du parc de dépôts de distribution, avec la fermeture de nombreux petits sites, a porté le taux d’utilisation de 58 % en 2008 à 81 % en 2013. Aux Pays-Bas, Vopak affichait un taux d’occupation record de 96 % début 2016.
Un midstream redessiné par de nouveaux entrants
Historiquement dominée par les majors, Shell, Total, BP, la logistique pétrolière européenne change de mains. Deux profils d’acquéreurs émergent : des acteurs issus du négoce, comme Vitol via VTTI et Varo, ou Lukoil, et des spécialistes de l’aval comme Oiltanking ou Greenergy. Des fonds d’investissement sont également présents, avec Macquarie, EQT ou Ardian.
Le mécanisme d’entrée est souvent le même : la conversion de raffineries fermées en dépôts permet de constituer des terminaux à faible coût. Pour la major cédante, l’opération évite des coûts de démantèlement et de plan social importants, et offre une solution de reclassement pour une partie des salariés. Une part significative des raffineries européennes fermées depuis 2010 a suivi ce chemin.
Les performances économiques de ces spécialistes sont notables : une croissance annuelle de 2,2 % à 11,6 % et des marges opérationnelles comprises entre 27 % et 42 % en 2015.
La différence tient au pilotage, pas aux actifs
C’est le cœur de l’analyse. Ces nouveaux acteurs offrent une infrastructure plus flexible et davantage de services que les dépôts historiques des majors. Ils permettent à leurs clients, parfois leurs propres entités de trading, d’extraire la valeur du stockage par des arbitrages temporels et géographiques.
La différence est conceptuelle : la chaîne logistique est pilotée comme un centre de profit, et non comme un moyen opérationnel au service du raffinage. Cela se traduit par quatre exigences concrètes.
- Une localisation proche des hubs, pour assurer la liquidité des stocks.
- Une flexibilité des infrastructures, pour maximiser les options logistiques.
- Une qualité de service, avec des temps de chargement optimisés, des capacités de mélange et une ouverture continue.
- Une transparence et une stabilité des prix.
Le résultat se lit dans les taux d’utilisation : le terminal VTTI de Rotterdam affichait plus de 75 % garantis sur plus de trois ans, via son contrat avec Vitol.
Conjoncturel ou structurel ?
Une partie de ces gisements de valeur tient à des phénomènes conjoncturels, notamment un marché en contango qui rémunère le stockage. Mais plusieurs facteurs sont structurels : l’adaptation du parc d’actifs aux nouvelles configurations de marché, la forte volatilité des prix, et l’accroissement des importations de produits raffinés lié précisément à la fermeture des raffineries européennes.
Autrement dit, le déclin du raffinage européen alimente lui-même la demande de stockage. C’est ce qui rend la thèse d’investissement des nouveaux entrants cohérente sur la durée.
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