Des centaines d’initiatives visant à rendre la ville plus respectueuse de l’environnement étaient engagées à travers le monde. Face à ce foisonnement, un constat paradoxal s’imposait : les acteurs traditionnels des services aux collectivités, distributeurs d’électricité et de gaz, gestionnaires d’infrastructures, étaient largement en retrait.
Ce sont les acteurs des technologies de l’information qui avaient pris l’initiative médiatique et le leadership sur les projets de R&D, voyant dans l’apport d’intelligence aux infrastructures publiques une opportunité de croissance significative.
Trois modèles aux économies distinctes
- L’éco-cité rassemble les villes construites selon une démarche écologique globale, multisectorielle : construction, énergie, transport. Les leviers sont essentiellement passifs, matériaux, architecture bioclimatique, ingénierie urbaine. L’échelle varie fortement, de 1,7 hectare pour BedZED au sud de Londres à près de 90 km2 pour le projet chinois de Dongtan, visant 500 000 habitants en 2050. Son économie repose en partie sur la valorisation d’externalités, CO2 évité ou inefficacité des transports.
- La smart grid city vise avant tout une gestion plus efficace des consommations, par la gestion active des réseaux électriques. L’objectif est de faciliter l’insertion des renouvelables et des véhicules électriques. L’américain Xcel Energy faisait figure de pionnier avec son pilote SmartGridCity lancé à Boulder en 2008. Son économie repose sur les économies de gestion de réseau et sur les coûts de renforcement évités.
- La cité connectée est le terrain des opérateurs et équipementiers télécoms, pensée dans une logique de mutualisation des infrastructures de communication. La Corée du Sud a expérimenté le concept dès 2007 avec Hwaseong-Dongtan et prévoyait une quinzaine d’autres projets, dont Songdo, dont le coût dépassait à lui seul 30 milliards d’euros.
Un retrait qui interroge
Notre analyse de près de 70 acteurs impliqués dans des projets significatifs montre que les acteurs des NTIC et les pouvoirs publics représentent à eux seuls plus de 60 % des intervenants, contre 13 % pour les utilities et entreprises affiliées.
Ce retrait est d’autant plus surprenant que les activités impactées les concernent au premier chef : passage d’une efficacité énergétique passive à une gestion active des consommations, évolution du modèle de production, relève des consommations, maintenance des réseaux d’eau, gestion du trafic urbain.
Les équipementiers de réseaux, eux, dépendent de la dynamique de leurs donneurs d’ordre historiques. Là où les acteurs du numérique accèdent directement aux décideurs publics, ils restent tributaires des opérateurs de réseaux.
Des frontières industrielles qui se brouillent
Le développement de ces concepts efface les frontières classiques entre services urbains. L’électricité sera produite par des clients consommateurs, les infrastructures de communication pilotant eau, chaleur et électricité seront mutualisées, l’éclairage urbain servira aussi à la gestion du trafic et à la sécurité, l’offre de transport multimodal s’appuiera sur la géolocalisation et les données temps réel.
En France, un signal faible méritait attention. Les attentes pressantes des collectivités locales, autorités concédantes des réseaux de distribution, sur la performance technico-économique de ces réseaux, voire une évolution possible du régime de concession, pouvaient conduire les concédants à instrumentaliser le concept de ville durable pour exercer une pression supplémentaire sur les concessionnaires.
Distributeurs, gestionnaires d’infrastructures publiques et opérateurs télécoms avaient donc intérêt à anticiper ces manœuvres plutôt qu’à les subir.
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