Le TURPE finance pour environ 13 milliards d’euros les réseaux de transport et de distribution, et représente plus de 90 % des revenus de RTE et d’ERDF. Il pèse environ 30 % de la facture des clients français, avec un impact direct sur la compétitivité de l’industrie et sur le pouvoir d’achat des ménages.
Alors que la CRE préparait sa quatrième version, une question méritait d’être posée : au-delà des améliorations techniques en discussion, ce tarif peut-il devenir un levier de développement des réseaux intelligents ?
Un signal tarifaire qui ne reflète pas les coûts
Le TURPE a deux fonctions : rémunérer les gestionnaires de réseau et servir de signal tarifaire. C’est sur la seconde que le décalage est le plus net.
Pour un consommateur raccordé au réseau de distribution, le TURPE reflète avant tout des signaux de coûts de production à l’échelle nationale, alors que la structure de coût de la distribution en est largement indépendante. Quant aux producteurs, ils ne reçoivent aucun signal : il n’existe pas de tarif d’injection sur le réseau de distribution, et il est très faible sur le transport. Tous les coûts réseau sont supportés par les consommateurs, ce qui prive le tarif de toute capacité à orienter les comportements des producteurs.
Une part énergie très supérieure à la réalité des coûts
Le TURPE se compose d’une part fixe, d’une part énergie en €/kWh et d’une part souscription de puissance en €/kW/an. Sur la composante soutirage, la part énergie représente entre 65 % et 85 % du coût pour un client moyen.
Or les pertes, seul poste réellement proportionnel à l’énergie consommée, ne pèsent que 20 % du montant total. Les coûts réseau dépendent de la pointe locale de puissance et sont donc, en première approche, fixes. Si le tarif reflétait exactement la structure de coût, la part énergie devrait avoisiner 20 %.
Un exemple rend l’écart tangible. Une résidence secondaire en zone touristique, donc occupée pendant la pointe, paie une facture d’acheminement inférieure de 80 % à celle d’une résidence principale. L’impact sur les coûts réseau est pourtant sensiblement le même, la différence se limitant à une réduction des pertes.
Cette construction s’explique historiquement : les compteurs n’offrent qu’un à six index, ce qui rend impossible une estimation précise de la contribution à la pointe, et le consommateur distribué est représenté par des profils types. Le benchmark européen confirme d’ailleurs qu’une structure énergie n’est pas une exception, et que la France se situe dans la moyenne.
Deux cas où le signal brouillé coûte cher
La parité réseau du photovoltaïque. En autoconsommation, le réseau joue un rôle de secours et les coûts payés se réduisent à la part fixe, soit 25 % du tarif. Or le réseau ne voit probablement pas ses coûts divisés par quatre pour autant. Un TURPE construit sur le coût marginal déplacerait significativement la cible de parité réseau.
La charge intelligente des véhicules électriques. Programmer la charge de nuit ramène le coût marginal réseau à zéro. Une tarification marginale constituerait une incitation puissante au pilotage. L’Espagne l’avait compris en introduisant dès 2011 un tarif Supervalle destiné aux véhicules électriques, avec une baisse de 50 % du tarif d’acheminement par rapport aux heures creuses.
Cinq pistes d’évolution
- Augmenter la part puissance, pour mieux retranscrire la structure de coût fixe du réseau.
- Introduire des signaux locaux d’effacement sur la part énergie, et associer le distributeur aux décisions d’envoi de signaux EJP.
- Créer un tarif d’injection sur le réseau de distribution, positif ou négatif.
- Mettre en place un mécanisme de localisation des gains réseau d’un programme de production distribuée.
- Réduire le TURPE soutirage pour les systèmes de stockage.
Ces évolutions se heurtent à des contraintes réelles : péréquation tarifaire, limites techniques du comptage, et cohérence avec des tarifs réglementés dont le TURPE représente 45 % du montant pour un client résidentiel, la loi NOME imposant une convergence par empilement des coûts.
Reste que renverser le raisonnement, en plaçant les signaux de coûts efficaces au socle du tarif, renforcerait mécaniquement la justification économique du compteur intelligent. Pour les industriels des réseaux intelligents, les exploitants renouvelables et les gestionnaires de réseau, ces réflexions constituent un signal précieux, y compris pour des technologies dont le déploiement dépasse l’horizon du tarif, comme le stockage ou les micro-réseaux.
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