Les mécanismes de financement des énergies renouvelables changeaient de nature en Europe. De nouvelles lignes directrices sur les aides d’État à l’énergie avaient été publiées par la Commission en avril 2014, et l’Allemagne finalisait sa réforme EEG 2.0. Le mouvement allait dans un sens clair : l’accès direct au marché, complété par une prime généralement versée ex post.
Ce basculement crée mécaniquement un métier, celui de l’agrégateur, chargé de faire le lien entre des centaines de centrales de production distribuée et le marché de gros.
Un marché français potentiel de 30 GW
Notre estimation situait le marché potentiel de l’agrégation de production renouvelable en France jusqu’à 30 GW, soit environ 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires à horizon 2020. Trois leviers y conduisaient.
- La sortie des contrats d’obligation d’achat à leur échéance, ces contrats courant sur 15 ou 20 ans selon les filières.
- La croissance du parc renouvelable, associée à une évolution des règles de financement pour suivre les orientations européennes.
- Une possible incitation au basculement vers une valorisation marché pour des productions encore sous tarif, à l’image de ce qui avait été fait en Allemagne.
La cogénération et l’effacement, qui requièrent également un agrégateur, n’étaient pas inclus dans ce dimensionnement, leurs caractéristiques étant trop spécifiques.
L’Allemagne comme démonstration grandeur nature
Le cas allemand ne laissait guère de doute sur l’effet d’une modification législative. Après la loi EEG de 2012, les installations sous obligation d’achat ont pu accéder au marché et être rémunérées par une prime ex post. Une prime de gestion a rendu cet accès plus attractif. Résultat : près de 40 GW agrégés, et l’émergence rapide d’un écosystème d’acteurs faisant le lien entre producteurs et marché.
Le marché allemand comptait alors une vingtaine d’acteurs de tailles hétérogènes. Statkraft, électricien d’origine norvégienne, gérait à lui seul presque autant de capacités éoliennes que le mécanisme d’obligation d’achat.
Une économie d’échelle qui commande la structure du marché
Les coûts d’un agrégateur se concentrent sur deux postes : le coût des écarts, différence entre production réelle et estimée, et les coûts de structure. Ces deux postes sont sujets à des économies d’échelle marquées, ce qui impose une taille critique. Nous anticipions en conséquence une consolidation du marché allemand à court ou moyen terme.
Pour les acteurs qui se positionnaient sur un marché français appelé à suivre une trajectoire comparable, deux impératifs se dégageaient : atteindre rapidement un périmètre de gestion supérieur à la taille critique, et minimiser le coût des écarts. Dans un marché susceptible d’attirer de nombreux entrants, ce sont ces deux variables qui construisent l’avantage concurrentiel.
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