Coût d’abattement CO2 : 75 % des subventions renouvelables vont à des filières peu performantes

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La politique énergétique française vise notamment à lutter contre l’aggravation de l’effet de serre. Notre étude évalue l’efficacité économique des dispositifs de soutien sur ce critère précis, en comparant le coût d’abattement, c’est-à-dire le montant de subvention publique par tonne de CO2 évitée, d’une trentaine de filières : renouvelables électriques, gaz et chaleur, effacement, efficacité énergétique et transport vert.

Une précision méthodologique s’impose. Les tarifs d’achat n’ont pas pour vocation directe de réduire les émissions, mais d’amener des technologies émergentes à la compétitivité. Reste que, à court terme, ce sont bien les externalités qui constituent le bénéfice concret retiré par la collectivité. Or les externalités autres que le CO2, balance des paiements, emplois, diversification des approvisionnements, sont de second ordre face à la valeur CO2 des renouvelables, comprise entre 30 et 70 €/MWh selon le facteur d’émission de l’actif marginal substitué.

Un rapport de 1 à 10 entre filières électriques

Le premier constat est la dispersion. Les coûts d’abattement des filières renouvelables électriques varient dans un rapport de un à dix.

Seul l’éolien terrestre présente une performance raisonnable, de l’ordre de 40 à 50 €/tCO2, à comparer aux valeurs de référence : le rapport Quinet proposait 32 €/t en 2010 pour atteindre 100 €/t en 2030, et la valeur sociale du carbone du rapport Stern se situe à 70 €/t.

Pour les autres filières électriques, l’effort demandé au consommateur via la CSPE se situe entre 200 et 400 € par tonne évitée. Au total, 75 % de la part renouvelable de la CSPE finance des filières non performantes au regard du critère CO2.

Une performance qui se dégradera mécaniquement

Le point le plus contre-intuitif de l’étude porte sur la trajectoire. La performance CO2 des renouvelables électriques se dégrade à mesure que la part du nucléaire diminue dans le mix.

La logique est arithmétique. Un MWh nucléaire n’émet pas de CO2. Chaque MWh nucléaire sorti du mix est remplacé par une fraction de MWh renouvelable, également décarboné, et une fraction de MWh fossile servant de back-up à l’intermittent. Dans un scénario de sortie du nucléaire couplé à un déploiement massif de renouvelables, les émissions à 2025 pourraient augmenter de 50 % par rapport à 2011, passant de 30 à 45 millions de tonnes par an.

Second effet, le contenu carbone du MWh marginal évité diminue lui aussi, le gaz remplaçant progressivement le charbon, deux fois plus émetteur. La production renouvelable décarbone donc moins, et la tonne évitée coûte en moyenne 50 % plus cher en subvention qu’aujourd’hui. Le même constat vaut pour l’Allemagne, où trois quarts des subventions renouvelables alimentent des filières au-dessus de la valeur sociale du carbone.

Le paradoxe du gaz

L’analyse produit un résultat inattendu. Si les centrales à gaz revendiquaient une subvention pour rester en activité, au seul motif de la réduction des émissions, leur coût d’abattement figurerait parmi les plus performants de l’étude.

Un kWh charbon contient environ 2,5 fois plus de CO2 qu’un kWh gaz. La substitution du gaz par le charbon est donc désastreuse sur le plan environnemental. Une subvention à hauteur de la missing money des actifs gaz, environ 60 €/kW en 2011, conduirait à un coût d’abattement plus raisonnable que la plupart des filières renouvelables électriques.

L’efficacité énergétique reste la filière la plus performante

Au-delà de la production, c’est l’efficacité énergétique qui domine le classement. Certaines actions sont intrinsèquement rentables, ce qui se traduit par un coût d’abattement négatif. Pour les autres, il reste faible face aux filières de production.

Ce résultat pose une question de priorisation. Puisque l’objectif de la CSPE est d’amener des filières à la compétitivité, et compte tenu des critiques adressées au dispositif des certificats d’économie d’énergie, il pourrait être opportun de créer un mécanisme de type CSPE destiné à subventionner directement les actions d’efficacité énergétique qui ne sont pas rentables aux prix actuels de l’énergie.

Pour aller plus loin, téléchargez notre analyse complète ci-dessous ou contactez nos experts.

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