L’effacement était largement reconnu comme une solution compétitive de gestion du réseau électrique. Son intégration au marché et au règlement des écarts, en revanche, restait un sujet complexe. Notre étude, fondée sur 27 entretiens et l’analyse des quatre marchés les plus matures, France, Royaume-Uni, Californie et PJM, soit environ 40 % du marché mondial, identifiait cinq paramètres qui déterminent le rythme de développement et la qualité de cette intégration.
1. Les marchés de valorisation
L’effacement était historiquement valorisé sur le marché d’équilibrage ou en interne par les utilities. Cette situation évoluait vite, les régulateurs poussant à une intégration plus profonde sur les marchés de gros. Aux États-Unis, l’ordre FERC 745 avait généralisé le paiement au prix plein. La vague de mécanismes de capacité en Europe intégrait nativement l’effacement. Sur PJM, la création d’un tel marché en 2007 avait porté l’effacement de 2 GW à environ 15 GW en cinq ans, soit 10 % de la capacité totale, ce marché concentrant 90 % des revenus de l’effacement.
Une source de valorisation émergeait alors : l’effacement comme actif de flexibilité pour les réseaux de distribution. Le gestionnaire britannique ENWL avait lancé un appel d’offres local pour reporter des investissements ciblés, valorisant l’effacement jusqu’à 74 €/kW la première année.
2. Les spécifications techniques
Les contraintes imposées à l’effacement calquaient initialement celles de la production sur les marchés d’équilibrage : temps de réponse court, mais faible nombre d’activations, environ 50 heures par an au Royaume-Uni. L’ouverture de marchés plus larges a changé la donne. En 2011, PJM a créé des produits de capacité à nombre d’appels illimité et durée portée à 10 heures. Cet assouplissement augmente fortement le potentiel de l’effacement, mais transfère le risque de volume d’activation de l’opérateur système vers l’opérateur d’effacement.
3. Le reversement au fournisseur
Pendant un effacement, le fournisseur produit comme si de rien n’était mais n’est pas payé, l’énergie ayant été vendue sur le marché de l’effacement. Trois réponses coexistaient.
- Le reversement par les écarts : le fournisseur est payé au prix des écarts mais perd le prix de détail. Peu satisfaisant, mais quasiment sans coût de mise en œuvre. C’était le cas au Royaume-Uni sur le STOR.
- Le Net Benefit Test : l’ordre FERC 745 rémunérait l’effacement au prix spot plein, les coûts étant répartis au prorata sur les fournisseurs, mais uniquement lorsque l’opération bénéficie au consommateur final.
- Le reversement structuré : l’effacement est rémunéré au prix spot moins le prix de détail, soit la valeur financière d’une option d’achat non exercée. Neutre pour le fournisseur et pour le marché de gros, mais mécaniquement complexe. C’est la voie retenue en France.
La différence est conceptuelle : le schéma FERC traite l’effacement comme une capacité de production, l’autre comme une option non exercée.
4. La mesure et le règlement
Contrairement à la production, l’effacement ne se mesure pas directement. Deux choix structurants : le comptage, avec un compteur dédié par site à pas fin ou une approche statistique, cette dernière permettant un développement rapide du résidentiel mais ouvrant la voie au free riding ; et le calcul de la courbe de référence, qui devrait théoriquement être spécifique à chaque usage. PJM proposait six méthodes pour la capacité et huit pour l’énergie, sous condition d’une erreur inférieure à 20 %, quand le Royaume-Uni n’en retenait qu’une.
5. Les dispositifs de soutien
La France mettait alors en place une prime couvrant toutes les sources d’effacement, industrielles comme résidentielles, et neutre technologiquement, d’un montant moyen d’environ 15 €/MWh et pouvant atteindre 30 €/MWh, financée par la CSPE.
Ces cinq paramètres se tiennent. Une intégration trop rigide bride la croissance du marché. Des exigences trop faibles perturbent le marché, le règlement et la sécurité du système, pour un service de valeur limitée et de coût élevé.
Pour aller plus loin, téléchargez notre analyse complète ci-dessous ou contactez nos experts.
Le PDF téléchargeable de cette étude n’existe qu’en version anglaise.

